Le fils

 

Le Fils a reçu le prix Goncourt du premier roman et le prix Jean Bernard de l’Académie de médecine. Le 25 octobre 2003, un jeune homme de 21 ans prénommé Lion est emporté par une méningite fulgurante. Sur scène, le fils revient pour mettre en scène son histoire. Son Théâtre. Le public est son confident. Ses parents s’adressent aussi à nous, et à travers nous à leur enfant. Avec l’impétuosité de la jeunesse, « pour que la mort ne gagne pas tout », Lion encourage les siens à raconter ses derniers instants, les joies partagées la durée : dernière semaine, ce qui relie les vivants et l’être déjà parti. Le bouillonnement du fils insuffle au récit une force volcanique. Commence alors un voyage en Islande et sur cette terre sauvage qui l’attirait tant, l’histoire devient extraordinaire.

Dans ma jeunesse, avant d’être pleinement comédienne et metteuse en scène, j’ai regardé, soigné, consolé l’inconsolable. À l’hôpital, j’ai croisé des yeux qui voulaient se fermer mais qui avaient peur de mourir, des êtres pâles, sans regard. Dans notre civilisation occidentale, on ne sait pas parler de la mort, on ne sait même plus lui faire une place. Pourtant la vie ne peut être comprise qu’à sa lueur. Le fait de l’avoir côtoyée a bouleversé ma perception du plateau de Théâtre et a façonné ma nécessité de venir y raconter une histoire.

Le silence a-t-il sa place ? Tout se compose avec le silence. Au théâtre, on est accueilli par le silence. Il faut le laisser nous envahir et quand on commence à parler, on accorde sa voix à lui. Le cri peut exister dans le silence mais c’est un cri mesuré. Il ne doit pas l’ébranler. Par exemple, quand le père crie à la fin de l’enterrement : « Silence, silence, silence ! », le volume de la voix s’élève, le chant se compose, j’attends l’onde de choc du cri dans le silence et je laisse reposer. Je ne suis pas dans l’émotivité, à l’intérieur je suis très lucide et attentive à tout ce qui m’entoure. Puis parfois les mots se taisent et le corps prend vie. Comme si les mouvement du corps prenaient le relais pour raconter l’histoire.

Cie Les airs entendus

d’après le roman de Michel Rostain
mise en scène 
Céline Pitault
collaboration artistique Florence Cabaret et Benoîte Vandesmet
avec Céline Pitault
son 
Benjamin de La Gatinais
création lumière Fréderic Fourny

avec le soutien du Théâtre des Collines (Espace des Forges- Annecy), du Théâtre à Durée Indéterminée, de la Fondation Michalski pour l’écriture et la littérature, de la Fondation Anne-Marie Schindler et de la Fondation OCIRP.

texte publié chez XO éditions