Cabot and Co
Bob Jésus

Dans son funérarium, Bob Jésus dévoile les coulisses de son métier. Bob est croque- mort par tradition familiale, il peaufine ses patients en vue de l’ultime villégiature. Aujourd’hui, il ouvre les portes de sa petite entreprise et assure la visite du lieu. Il ne cachera rien de son art, car entre ses mains expertes, ceux qui furent deviennent meilleurs. C’est sa fierté. Caféinomane et insomniaque, il dira les débuts difficiles de l’entreprise, ses espoirs nocturnes, son amour inconditionnel de la dépouille ou l’influence de la cuisine grecque sur son chiffre d’affaires. Bob Jésus est un honnête commerçant.

Traitée comme une comédie noire – ou un drame coloré – cette pièce aborde un thème, la mort, par le biais d’un homme dont c’est le métier, la profession. Croque- mort de père en fils depuis des générations, Bob Jésus exerce un travail qui fait froid dans le dos. En effet, être confronté à la finitude a, pour chacun de nous, quelque chose de terrifiant. Le personnage sarcastique, mais désarmant de sincérité, confronte le spectateur à son angoisse la plus légitime – la peur de la mort – avec en filigrane l’éternelle question : « Peut-on rire de tout ? »

L’humour dit “noir”, plutôt british de Didier Gesquière, à l’écriture comme à l’interprétation, est non pas celui au ton ravageur des Topor, Panique et Cie, mais plutôt celui, à la Swift, qui n’est pas sans rappeler ce vieux film de Tony Richardson : “The loved one”/ “Ce cher disparu”, dont le slogan était “le film qui ne respecte rien ni personne”. En 1965, il est vrai, le cérémonial funéraire et les procédés d’embellissement des défunts étaient encore peu connus en Europe. Et malgré le succès de la série “Six feet under”, tout ce qui entoure la mort d’un être dit “cher” n’est toujours pas un banal sujet de conversation dans nos familles en 2020… Un traitement non dramatique du sujet est donc encore plutôt rare.

De et avec Didier Gesquière
Scénographie   Céline Charlier
 
 
Pièce écrite au début des années 2000 par Didier Gesquière, elle a été créée/produite dans différents lieux – en Belgique, en France et en Suisse – avec des distributions et mises en scène très diverses, saluées par le public et la critique.

La presse en parle

POINT DE VUE 

Ici, la mort est abordée frontalement comme un commerce, comme dans une success story à l’américaine par le truchement d’un croque-mort qui réussit. Il est question, en filigrane, de communication et de consumérisme, ces terribles fléaux de la société capitaliste : Bob Jésus vend et vante ses services exceptionnels et personnalisés – à la carte, et sur-mesure – comme le font les VRP ou les marketeurs avec ce sourire qui sied au management … Avec lui l’expérience de la mort est confortable, séduisante… un moment doux à vivre comme une expérience ! La mort version Storytelling.

C’est donc dans un « entre-deux » que se joue ce spectacle. Didier Gesquière démystifie la mort pour nous montrer les dessous d’un marché très lucratif. Il interpelle le spectateur en jouant avec les sentiments contradictoires qui accompagnent le deuil : la douleur, la compassion de façade et l’insupportable cynisme qui ne connaît aucune frontière.

C’est aussi un regard tendre, mais néanmoins critique, que porte l’auteur sur la solitude d’un être élevé avec des cadavres sous ses pieds, un homme qui ne connaît de la vie que la mort, et qui préfère la fréquentation des trépassés à l’homme vertical perclus d’arrogance.

Bref, Bob Jésus a sa propre philosophie de la mort et du « passage ».