Le bonnet

Est-ce que la vie est bien réelle ? Tu prononces un mot, n’importe lequel, en boucle des dizaines et des dizaines de fois. Ton cerveau ne sait plus ce que ce mot veut dire. Pareil pour les images, les paysages… Tu es sur une place, dans une ville, en campagne, peu importe où d’ailleurs. Tu te postes là, au milieu. Tu arrêtes de bouger et tu regardes. Tu regardes les immeubles, les voitures, les enseignes, les gens, les champs… Et d’un coup, tout ça n’a plus de sens. Tu es là, mais tu te sens ailleurs et tu ne sais plus ce que tu vois. Qu’est-ce que tu fais là ? Tu penses au tricot. Tu penses à la condition de l’être piqué et crocheté avec amour. Tu te demandes si c’est vraiment une chance d’être réversible.
 

À l’origine Le Bonnet est un court roman dont les personnages et les situations s’inscrivent dans une réalité concrète, racontant des tranches de vie parallèles. Un instantané de quelques heures. Écrit il y a quelques années, lorsque Vanessa Clément a décidé de s’installer à la campagne après 35 ans de vie urbaine, ce texte n’était destiné à rien de particulier. Une façon de se mettre au vert, de s’éloigner de la création théâtrale. Puis, débarrassée d’injonctions, le désir naturel de créer à nouveau pour la scène a repointé le bout de son nez. Le Bonnet est sorti de son placard comme une évidence. Il n’attendait que ça.

Le Bonnet parle de gens ordinaires, trop ordinaires pour être remarqués. Mais dans l’apparente banalité de leurs vies, il existe un monde complexe et unique pour chacun d’eux.

Trois tranches de vie de quelques heures. Trois foyers embarrassés par les gestes de leurs quotidiens. Ils se laissent bercer sans plus s’en rendre compte. Trois histoires à priori insignifiantes. Celles d’habitants d’une zone rurale, pas paysans, pas riches, pas indigents, pas militants, ni politiques ni rien… Ils sont moi, ils sont toi, nous. Sans importance ? Trois parcours qui se percutent. Un accident. Un instant où tout s’arrête. Un instant qui brise la routine. A quoi pense-t-on quand la routine se brise ? La réponse à cette question est débarrassée de noirceur, de révélation mystique ou politique. Car non, quand l’épreuve nous traverse, nous ne sommes pas systématiquement changés en héros. Un destin, c’est souvent plus simple. Se révèlent alors le bonheur et la beauté cachés dans les petites choses de leurs vies. Un bonheur simple et une beauté ordinaire qu’ils oubliaient de défendre.

Martin et Stéphanie ont la petite quarantaine et deux enfants en bas âge. Martin travaille à la maison, pas Stéphanie. Leur petite vie est bien réglée c’est à dire que chaque jour ils ont cinq minutes de retard sur tous leurs rendez-vous quotidiens. C’est comme ça. Sébastien et Jérôme sont en couple depuis longtemps. Sébastien travaille dans une banque. Jérôme est un habitué du Pôle Emploi. Sébastien est économe, précis, indécis, sensible. Jérôme prend la vie comme elle vient. Tous les matins et tous les soirs, ils se disputent. C’est ainsi. Isabelle vit dans sa vieille maison sur laquelle elle veille : être propriétaire et cultiver ses légumes, c’était ça le projet. Aujourd’hui elle est instance de divorce, sans emploi. Aujourd’hui la garde de ses trois enfants est en jeu. Tous habitent la même campagne, font leurs courses au même supermarché et roulent sur les mêmes routes. Tous vont vivre, ce matin, le même accident. Voici l’autopsie des quelques heures qui précèdent l’événement qui changera leur vie. Est-ce la faute du bonnet d’Arthur ? D’un chat ? Ou simplement d’un quotidien qui les aveugle ?

Cie Divine Quincaillerie

texte, mise en scène et interprétation Vanessa Clément
création lumière 
Thierry Hett

avec le soutien de la Région Sud PACA, du Département de Vaucluse et de Ville de Caderousse